Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) dénonce les incidents survenus lors du concert de Diamond Platnumz sur le parking la BK Arena de Kigali où plusieurs jeunes femmes ont été refoulées en raison de tenues jugées trop dénudées.
Selon plusieurs témoignages, certaines auraient été sommées de se rhabiller ou de couvrir leurs épaules et leur ventre. Au-delà de l’indignation provoquée par ces faits, une question fondamentale se pose : sur quelle base juridique des policiers peuvent-ils décider de la manière dont une femme est autorisée à s’habiller ?
Un problème qui dépasse quelques policiers
Ces incidents ne sont pas isolés. En janvier 2025, le président Paul Kagame dénonçait publiquement ceux qui, selon lui, « s’habillent nus » et interpellait les dirigeants sur leur responsabilité face à ce phénomène. Plus récemment, la Police nationale annonçait une surveillance accrue des comportements publics qualifiés d’« indécents ».
Dans ce contexte, les événements de la BK Arena ne peuvent être réduits au seul excès de zèle de quelques agents. Lorsque le pouvoir politique érige la tenue vestimentaire en problème de société et que la police se donne ensuite pour mission de surveiller l’« indécence », il faut interroger le système qui rend de telles pratiques possibles.
Or, la législation rwandaise sanctionne l’outrage public à la pudeur mais n’établit pas de code vestimentaire définissant la longueur acceptable d’une jupe ou les parties du corps qu’une femme doit couvrir. La morale, même exprimée au sommet de l’État, ne peut se substituer à la loi.
Culture et influences occidentales : un faux débat
Face à cette controverse, la ministre de la Jeunesse Sandrine Umutoni a choisi de déplacer le débat sur le terrain de la mode, de la culture et des influences occidentales. Le paradoxe est d’autant plus regrettable que cette réponse vient d’une femme ministre alors que de jeunes Rwandaises dénoncent précisément le contrôle de leur corps par la police. Pour notre association, ce déplacement du débat minimise le véritable problème soulevé par ces incidents.
Il ne s’agit pas de déterminer si une tenue est rwandaise, occidentale, moderne ou traditionnelle mais de savoir si l’État peut imposer aux femmes une conception de la décence qui n’est pas clairement définie par la loi.
Être attaché à sa culture n’empêche pas de s’ouvrir à ce qui vient d’ailleurs. Les cultures se rencontrent, s’influencent et évoluent avec le temps. Adopter une mode ou une pratique venue d’ailleurs ne signifie pas renoncer à son identité ou à ses valeurs. Cet équilibre relève de la société et des choix individuels, et non de la contrainte policière.
Notre association regrette par ailleurs que tant d’attention politique soit consacrée aux choix vestimentaires alors que le chômage, la pauvreté, le coût de la vie et le manque de perspectives économiques pèsent directement sur l’avenir de nombreux jeunes Rwandais. Ce sont ces réalités qui méritent d’être au cœur des politiques publiques destinées à la jeunesse.
CLIIR appelle les autorités à mettre fin à ces pratiques
CLIIR appelle les autorités rwandaises à mettre immédiatement fin à toute forme de police des mœurs et à tout contrôle vestimentaire arbitraire visant les femmes.
Il appelle également les autorités à clarifier très rapidement les limites de la notion d’« outrage public à la pudeur » afin qu’elle ne puisse servir de prétexte à des contrôles arbitraires fondés sur les convictions morales d’un policier ou d’un responsable politique.
Notre association demande en outre que toute la lumière soit faite sur les instructions données lors du concert sur le parking de la BK Arena et sur la chaîne de responsabilité qui les a rendues possibles. La responsabilité ne peut s’arrêter aux seuls agents présents sur le terrain.
Enfin, nous demandons instamment à l’État rwandais de mettre fin au décalage entre le discours d’égalité et d’émancipation des femmes qu’il revendique et les pratiques inacceptables de contrôle qui leur sont imposées. Leur dignité, leur liberté et leur autonomie ne peuvent être célébrées dans les institutions tout en étant bafouées dans l’espace public.
Fait à Bruxelles, le 1er septembre 2026
Marius KOMEZA
Coordinateur adjoint